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Nairobi, capitale du Kenya, un pays qui a pu diversifier son économie. (Photo Stocklib/Vladimir Kondrachov).
L’Afrique, tout le monde en parle, certains en sortant leurs graphiques et indicateurs de croissance, d’autres en convoitant ses réserves de matières premières, et d’autres encore en s’apitoyant sur un continent qui peine à décoller comme ils le voudraient. Mais est-ce bien à nous d’imposer un modèle de développement à des pays aussi divers les uns que les autres, qui ont leur propre culture et, pour certains, disposaient d’un État bien avant la colonisation. Imposer des valeurs et un modèle occidental, c’est une forme de néo-colonialisme plus pernicieux, mais aussi plus redoutable, que le colonialisme de Tintin au Congo. Car cette fois, il ne s’agit pas d’un intermède historique, mais d’une conquête en profondeur. C’est donc aux Africains de développer l’Afrique ! En accueillant des investisseurs étrangers, s’ils le jugent bon, et à condition que ces investisseurs viennent dans un esprit d’humilité et se défassent de toute arrogance. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les diasporas africaines, très importantes dans le monde, investissent dans leur pays d’origine, et que certains « cerveaux » exilés décident de revenir. Le co-développement est l’une des pistes les plus prometteuses.
 
Il faut abolir l’esclavage !

En revanche, on assiste à une nouvelle forme d’esclavage avec l’immigration sauvage de populations de plus en plus nombreuses à abandonner leur terre natale. Sous l’effet de la précarité ou simplement parce qu’on leur fait miroiter un Eldorado qui n’est qu’un leurre. Leur venue génère des conflits de culture et alimente les mouvements populistes. On peut comprendre les autochtones qui ressentent un sentiment d’invasion, même s’il vaudrait mieux s’en prendre aux esclavagistes qu’aux esclaves. Au passage, il faut rappeler la lourde responsabilité de la France et de la Grande-Bretagne dans l’écroulement du régime de Mouammar Kadhafi, qui a généré un chaos propice aux trafiquants d’êtres humains. 
Les îles de notre région du sud-ouest de l’océan Indien, à la croisée de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie, ont un rôle à jouer. Si, géographiquement, elles appartiennent au continent africain, elles entretiennent aussi un regard extérieur et peuvent faire le lien entre ces trois continents. Seule l’Afrique peut leur apporter les relais de croissance indispensables à leurs économies qui s’essoufflent (je pense plus particulièrement à La Réunion et à Maurice). Et comme le monde entier s’intéresse à l’Afrique, c’est le moment d’en profiter. À L’Eco austral, nous préférons d’ailleurs parler des Afrique(s) plutôt que de l’Afrique pour bien marquer la diversité de ce continent. Les différences sont parfois plus importantes qu’entre les Grecs et les Norvégiens. 
 
En finir avec le nombrilisme insulaire

Aujourd’hui, pour jouer notre rôle, il est important de commencer par mieux connaître les Afrique(s) et de ne pas rester sur le seul terrain de la tactique. Même si l’on distingue une belle « fenêtre de tir », il faut avoir une approche stratégique. C’est pourquoi L’Eco austral a lancé, en partenariat avec Axys, un forum des Afrique(s) dont on peut lire le compte-rendu dans notre magazine. Plutôt qu’une grand-messe, il s’agit d’une table ronde mensuelle qui permet d’échanger et de recueillir certaines expertises, mais aussi de parvenir à formuler des propositions. Au bout d’un an, une synthèse de nos forums mensuels permettra d’établir un « petit traité » à l’usage de ceux qui prennent l’Afrique à cœur. C’est toujours mieux que de sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « L’Afrique ! L'Afrique ! L'Afrique ! » Une expression qu’avait employée le général de Gaulle à propos de l’Europe, en ajoutant : « Cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien. » 
De toute façon, nous n’avons pas le choix. L’Afrique est l’avenir de nos îles. Le meilleur remède contre notre nombrilisme insulaire. Eh oui ! Nous ne sommes pas le centre du monde ! Mais plutôt la périphérie d’un continent qui a pour lui la jeunesse de sa population et d’énormes défis à relever. C’est passionnant, non ? 
 
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